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Archives des programmes

Programme 1, du 4 octobre au 21 novembre 1995

Éditorial

Le dépassement des frontières, réelles ou figurées, a suscité, dans l'histoire des hommes, de bien belles aventures, collectives et individuelles. Pourtant, si encore chaque jour des frontières se déplacent ou se transforment, d'autres renaissent, ailleurs ou autrement, engendrant de nouveaux litiges, de nouveaux fracas. Des machines bruyantes toujours plus perfectionnées tracent encore sur la cartographie de la géopolitique planétaire les pointillés rouges de leurs trainées de sang.

Ouvrir cette saison par une programmation essentiellement articulée autour de cette préoccupation, quoique (tant s'en faut !) non exhaustive ni même seulement représentative, ne constitue pas une désolée et désolante invitation à une contemplation éplorée et impuissante des déchirements de ce temps... On connaît la phrase célèbre : «Il faut rendre la honte plus honteuse encore en la livrant à la publicité». Il ne s'agit pas seulement d'un tel «rappel» mais, tout autant, de participer à cette charge d'espoir, que l'on peut voir ici ou là, du développement sur cette planète, d'une citoyenneté étonnée, surprise de sa bouleversante condition (à la fois quelconque et singulière), «dépaysée». Qu'enfin, après l'exacerbation des fureurs identitaires de cette fin de siècle (raciales, ethniques, religieuses, sexuelles, comportementales, etc.) , l'humanité puisse se reconnaître comme un «désastre réparable».

Chacun et chacune saura reconnaître les accents portés par les films présentés ici (y compris parmi les films courts !) et pourrait allonger cette liste par d'autres films développant d'autres aspects tout aussi essentiels et d'une aussi belle force et qualité. Ce qui est proposé ici confronte la douleur intérieure et capable d'ironie de «La frontera» à l'émergence de l'amitié dans «Fresa y chocolate», la violence de «La vie selon Agfa» à la tendresse de «Tombés du ciel», les fractures de «l'Ame des guerriers» à l'analyse de «Black Harvest» et à la quête de la «terre promise» du «Jardin de l'éden»... L'alerte et l'espoir, même si faible et si fragile ...

Enfin, et en manière d'exergue à cette saison 95-96 qui s'ébauche, une anecdote empruntée à la petite histoire du cinéma : on raconte que Sam Goldwyn, un des trois fondateurs de la M.G.M., avait coutume, lorsqu'il prenait le bateau, de souhaiter une bonne traversée à ceux qui restaient à terre... Alors, avec l'écho qui convient, et à l'adresse de toutes celles et ceux qui «embarqueront» à bord du «Cratère» (vers quelle possible ou impossible frontière?) : «Bonne traversée !»

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