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Un matin, mon ami Derrick m’appelle depuis Miami : Il m'annonce qu'il vient de laisser son appartement et dort dans sa voiture. À presque 50 ans, il est épuisé de se débattre dans le labyrinthe ultralibéral et raciste des Etats-Unis d'Amérique à la recherche d'une issue. Il a décidé de quitter son pays. Avant, il veut solder les démons de son passé. Nous entreprenons ensemble un voyage vers ces lieux, vers une Amérique qui ghettoïse, vers les violences qu'il s'était juré d'esquiver - les siennes comme celles affrontées- mais aussi vers des territoires de solidarité, de soutien de l'autre. En bref, vers des espaces où l'on se confronte à ce que veut dire grandir et se construire en tant qu'homme noir avec et malgré les entraves d'un système pensé pour écraser.
Derrick plie mais refuse de rompre. Alors il roule, parle, pleure et se révolte, mais il part. Marie-Pierre Brêtas l’observe et nous avec, en empathie avec ce bonhomme dont le regard doucement triste recèle encore une étincelle suffisamment brillante de colère et de force pour éclairer de l’intérieur, avec chaleur, un pays devenu hostile à beaucoup de ses citoyens.
ACID POP Rencontre avec Marie-Pierre Brêtas
Vendredi 11 décembre 2026 à 19h30
En compagnie de Naruna Kaplan de Maced, cinéaste de l'ACID
Une histoire d'amitié, un geste d'amour à fleur de peau
Marie-Pierre Brêtas et Derrick Johnson se sont rencontrés par hasard sur une plage de New York il y a près de trente ans. Aujourd'hui, elle prend la route à ses côtés et construit un récit., à partir de ce voyage.
Le geste de cinéma tient dans cette décision : accompagner son ami, partager avec lui un bout de vie, dans l'idée d'envisager un futur désirable. Le déplacement devient le dispositif du film — de Miami à New York, Johnson City, Ithaca, puis La Havane, chaque étape ravivant un épisode du passé. Marie-Pierre dialogue, relance, écoute : chaque lieu noue davantage la mémoire, l'amitié et la recherche d'un vivre mieux. Filmer un ami, c'est accepter que la caméra soit prise dans la relation, et laisser peu à peu remonter le récit de cette amitié dans la construction commune d'un regard sur le monde.
S'y dessine autant le portrait de Derrick que celui de leur lien, traversé par les violents éclats d'une société fracturée et raciste. Ce qui se joue dans ce beau film, c'est la recherche d'un sens et d'un apaisement ; la destination du voyage n'est pas vraiment une promesse, seulement l'endroit où quelque chose peut recommencer.
Pierre-Alexandre Nicaise
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