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Programme 6, du 29 mai au 2 juillet 1996

Éditorial

Voici donc une programmation consacrée très majoritairement à l'amour, à ses heurs et malheurs. Peut-être une sorte de hasard objectif : le printemps et ses oeuvres. Parmi ces différentes déclinaisons de ce seul Graal, non pas qui nous reste, mais que tous ceux qui prétendent à l'humanité, aient jamais eu, celle de «When night is falling» aura eu l'honneur de choquer la très puritaine Amérique, qui l'a interdit aux moins de 17 ans. Le cinéma américain et sa critique locale qui sont capables de célébrer la violence sous ses formes les plus extrêmes ont été choqués par les scènes d'amour entre Camille et Petra. Et même cette photo, pourtant pudique, fut refusée par le très conservateur New-York Times. Et ce n'est certes pas sans raison que le libéralisme le plus sauvage préfère exalter dans son cinéma les violences les plus irrationnelles, que l'on peut toujours canaliser dans l'approbation servile ou bien réduire facilement dans le contrôle social ce qui pourrait en rester de révolte effective mais sans conscience. Alors que des pensées et des corps libres sont bien le terreau sur lequel se développe le virus de la conscience critique.

Un des bonheurs de ce printemps sera pour nous de recevoir Mario Martone qui accompagnera son film «Mort d'un mathématicien napolitain». Méditant sur les derniers jours de la vie d'un homme pour y quérir des raisons de vivre, ce film est en quelque sorte «scandaleusement optimiste» selon les mots de Gérard Lefort dans Libération. Mais aussi d'une absolue délicatesse comme en témoigne cette scène : dans la cour de l'Université où il enseigne, Renato Cacciopoli, ce mathématicien, descendant de Bakounine, débat avec son assistant de l'importance de la parole. «Tu vois, dit-il, montrant sa main et l'articulant, «la main c'est la parole», puis, montrant le pouls : «Tu vois, là, c'est la vie.», et mimant le geste de la main se dirigeant vers le pouls du même bras : «Tu vois, la parole, elle ne peut jamais toucher la vie, elle ne peut que l'effleurer».

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