Accéder au contenu principal
Affiche du film André Robillard, en compagnie

Ce film est soutenu par

  • GNCR

André Robillard, en compagnie

de Henri-François Imbert · France · 2018 · 1h32

En 1964, André Robillard s’est mis à fabriquer des fusils avec des matériaux de récupération, ramassés au hasard de ses promenades dans l’hôpital psychiatrique où il vivait près d'Orléans. Aujourd’hui, à 87 ans, André demeure toujours dans cet hôpital, où il est entré à l’âge de neuf ans il y a 78 ans. Entre temps, il est devenu un artiste internationalement reconnu du champ de l’Art Brut. Lors d’un voyage d’André à l’Hôpital de Saint-Alban, en Lozère, pour présenter une création théâtrale à laquelle il participe, tout se relie enfin : l'Art Brut, la psychiatrie, la Résistance. L'histoire d'André Robillard croise en effet celle de la Psychothérapie Institutionnelle, véritable révolution du regard sur la folie, opérée au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

NOTE DU CINÉASTELorsque j’ai commencé ce travail il y a 25 ans*, André Robillard n’était pas encore le grand classique de l’Art Brut qu’il est devenu aujourd’hui. Ma caméra était une des toutes premières à croiser sa route, et je crois que d’une certaine façon, André était en quête de reconnaissance et que mon premier film a conforté sa position d’artiste. Je n’avais pas même abordé la thématique de l’hôpital dans ce premier film, comprenant que ce qui était important pour André, c’était d’être reconnu comme artiste et surtout pas comme patient.

Et puis nous avons fait un deuxième film, 20 ans plus tard. Entre-temps, André était certainement devenu le plus ancien patient de l’hôpital psychiatrique en France, ayant séjourné plus de 70 ans dans le même hôpital, celui où il demeure encore aujourd’hui; et c’est dans une exploration de l’hôpital, son univers depuis toujours, qu’André m’a entraîné avec ce nouveau film. Puis, comme André s’était lancé dans l’incroyable aventure d’une carrière théâtrale, à 80 ans, nous avons fait un troisième film, pour lequel je l’ai suivi dans ses voyages pour le théâtre en plus de ses expositions. À l’occasion d’un voyage à Saint-Alban, en Lozère, où André était invité à jouer, nous revenons sur l’invention de la Psychothérapie Institutionnelle, dont l’histoire d’André à l’hôpital est finalement une sorte d’aboutissement. C’est là, à l’hôpital de Saint-Alban, que François Tosquelles, Lucien Bonnafé et d’autres psychiatres ont inventé une psychiatrie plus humaine, véritable ré- volution du regard sur les patients.Les trois films peuvent se voir comme un ensemble, réalisé sur 25 ans, mais ils sont aussi bien sûr indépendants, en ce sens qu’ils proposent chacun un récit, autonome et singulier. Si le premier film présentait l’artiste et son œuvre, tandis que le deuxième revenait sur son passé et sa vie à l’hôpital, le troisième film permet d’envisager comment tout cela a été possible. Comment un homme, relégué à une situation d’abandon et d’enfermement, a pu non seulement se mettre à créer, mais y être encouragé; comment aussi des médecins, depuis 50 ans, ont pu découvrir ce travail et favoriser sa reconnaissance dans le champ de l’Art Brut, en le communiquant dès sa découverte à Jean Dubuffet.

Toutes ces questions résonnent bien sûr avec notre pré- sent, le devenir de la psychiatrie à l’hôpital et le retour aujourd’hui à des pratiques d’isolement et de contention que l’on croyait disparues.Avec ce troisième film, j’achève (provisoirement peut- être) 25 ans de travail avec André Robillard; 25 années au cours desquelles j’ai fait d’autres films aussi, tout en revenant régulièrement chez André. Il me reste maintenant à faire vivre ce travail, à partager cette expérience d’un compagnonnage cinématographique de 25 ans autour de l’Art Brut et de l’histoire de la psychiatrie.H-F. Imbert

ENTRETIEN AVEC HENRI-FRANÇOIS IMBERTDans ce nouveau film avec André Robillard, vous avez choisi d’aborder son histoire, en évoquant notamment la Psychothérapie Institutionnelle, sujet que vous n’aviez pas abordé précédemment. Pourquoi à ce moment-là ?En 2012, le metteur en scène Alexis Forestier et André Robillard ont été invités à jouer leur spectacle à l’hôpital de Saint-Alban. Je suis allé les filmer et je me suis rendu compte que ce film nous amenait à l’histoire de la Psychothérapie Institutionnelle

Étiez-vous attiré par l’histoire de Saint-Alban ?

Oui, j’étais déjà allé deux fois à Saint-Alban, c’est un lieu qui m’attirait depuis longtemps, à la fois pour l’histoire de la Psychothérapie Institutionnelle et pour celle de la Résistance. Les deux histoires se recoupent en fait. Les psychiatres qui ont créé la Psychothérapie Institutionnelle, autour de François Tosquelles, ont accueilli des résistants à Saint-Alban pendant la guerre. Les deux postures se rejoignent, la posture humaniste qui dit qu’un fou est un homme et la posture de résis- tance qui dit qu’un homme doit vivre libre.Le créateur d’Art Brut Auguste Forestier, qui est l’ar- tiste préféré d’André, a vécu là-bas. J’avais commencé un film sur lui en 1993, jamais abouti, dans lequel André visitait l’exposition Forestier organisée par L’Aracine. Vingt ans plus tard, nous étions sur place à Saint-Alban, là où il avait vécu, et d’une certaine façon, nous faisons ce film sur Forestier que je n’avais pas réussi à faire à l’époque, à l’intérieur de ce nouveau film sur André.

C’est votre troisième film sur André Robillard, mais le pre- mier pour le cinéma.

Oui, il fallait raconter l’histoire d’André et me situer dans cette histoire. Partir des liens un peu magiques, les coïncidences, les aléas, des choses très ténues qui tout à coup font sens,même si ce sens est fragile, comme de retrouver la piste de Roger Gentis en me promenant à Saint-Alban, alors qu’il est pour moi le médecin d’André à Fleury-les-Aubrais. Je ne peux éclairer ce genre de liens que par une narration en voix off, un récit à la première personne. Il y a aussi Alexis Forestier, qui nous emmène en voyage avec son spectacle.

Malgré la densité narrative du film, vous arrivez à lui in- suffler une forme de légèreté.

Oui, il faut faire avec les limites du cinéma, la durée du film, la complexité des informations et l’idée de raconter une histoire. J’essaie d’amener les choses de manière poétique, par des liens avec les personnages ou les faits. Je tente de trouver un rythme cohérent avec mon travail, un travail au long cours, qui prend le temps de chercher la forme qui convient au film. C’est un travail artisanal aussi, dans un espace de liberté qui ne dépend que du projet lui-même, de la relation avec mes personnages et de notre désir commun pour le film que l’on fait ensemble.En dehors de l’historien de l’art Michel Thévoz, qui accueille André pour le vernissage de son exposition à la Collection de l’Art Brut de Lausanne, le film ne contient aucun commentaire d’experts.Michel Thévoz a présenté les premiers fusils d’André dès l’ouverture de la Collection de l’Art Brut à Lau- sanne en 1976. C’est un personnage historique de la vie d’André, ce n’est pas juste un connaisseur: il lui a permis de renaître. Cela parle aussi de mon travail, dans une sorte de couche souterraine du récit. J’y pense maintenant, mais le film est encadré par ces deux personnages: au début, Madeleine Lommel, de l’association L’Aracine, qui m’a proposé d’aller filmer André Robillard, en 1993; et à la fin, Michel Thévoz, qui m’a accueilli avec ce premier film sur André. C’est un hommage. Ils sont pour moi comme des repères.

Entretien réalisé par Quentin Mével,extrait du livre Henri-François Imbert, libre cours,à paraître en novembre 2018 aux éditions Playlist Society.

Les séances (passées)

Dans les programmes du Cratère

Rencontre passée

  • Rencontre avec Henri-François Imbert et Céline Tauss

    En présence du réalisateur Henri-François Imbert et de la monteuse Céline Tauss, dans le cadre de Pensée Cinéma Henri-François Imbert (2019).

L’affiche du film André Robillard, en compagnie
André Robillard, en compagnie

À voir aussi

  • Bande-annonce : Soudain

    Soudain,

    Infos et réservation : Soudain, samedi 31 octobre à 11h40, dernière séance

    Aujourd’hui, samedi 31 octobre à 11h40

    • Dernière séance

    de Ryusuke Hamaguchi · France · 3h15

    Directrice d'un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d'y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l'écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible”.

  • Bande-annonce : Retour avant 15 heures

    Retour avant 15 heures,

    Infos et réservation : Retour avant 15 heures, dimanche 1 novembre à 10h00, dernière séance

    Demain, dimanche 1 novembre à 10h00

    • Dernière séance

    de Gaël Lépingle · France · 1h41

    C’est un homme et son lieu, le père dans un pavillon de lotissement. C’est après sa mort. On a retrouvé quelque chose. Pas un secret, mais l’envers des jours, consigné avec une précision obsessionnelle. Une lutte quotidienne avec la vie matérielle et le temps qui passe.

  • Bande-annonce : Les Roches Rouges

    Les Roches Rouges,

    Infos et réservation : Les Roches Rouges, dimanche 1 novembre à 13h05

    Demain, dimanche 1 novembre à 13h05

    de Bruno Dumont · France · 1h31 · Avertissement tout public

    Sur la Côte d’Azur, deux bandes d’enfants s’affrontent à leur jeu favori : sauter des rochers rouges de la Méditerranée. Géo, 5 ans à peine, découvre le temps d’un été un monde où l’amitié se mêle à la rivalité, et où les premiers élans du cœur deviennent source de tensions.

  • Bande-annonce : Notre salut

    Notre salut,

    Infos et réservation : Notre salut, dimanche 1 novembre à 14h45

    Demain, dimanche 1 novembre à 14h45

    d’Emmanuel Marre · France, Belgique · 2h39

    Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d'ingénieur. Son credo: « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…

  • Les Elephants Dans La Brume,

    Infos et réservation : Les Elephants Dans La Brume, lundi 2 novembre à 18h05

    Lundi 2 novembre à 18h05

    d’Abinash Bikram Shah · Népal, France, Allemagne, Brésil, Norvège · 1h47

    Dans un village népalais niché au cœur d’une forêt peuplée d’éléphants sauvages vit une communauté kinnar aussi vénérée que crainte pour ses pouvoirs de bénédiction et de malédiction. Pirati, l'une des mères de la communauté, rêve de s’échapper avec l’homme qu’elle aime. Mais lorsqu’une de ses filles disparaît, elle se doit mener l'enquête et choisir entre son désir de liberté et ses responsabilités envers sa communauté.

  • Bande-annonce : Un hiver russe

    Un hiver russe,

    Infos et réservation : Un hiver russe, mardi 3 novembre à 21h25, dernière séance

    Mardi 3 novembre à 21h25

    • Dernière séance

    de Patric Chiha · France · 1h26

    Entre Paris et Istanbul, Margarita, Yuri et leurs amis, un groupe de jeunes exilés russes, cherchent leur place dans un monde qui ne semble plus être le leur.

  • Bande-annonce : Butterfly Jam

    Butterfly Jam,

    Infos et réservation : Butterfly Jam, mercredi 4 novembre à 17h40

    Mercredi 4 novembre à 17h40

    de Kantemir Balagov · France, États-Unis · 1h42

    Dans le New Jersey, un adolescent de 16 ans surnommé « Pyteh » partage son temps entre les tapis de lutte et le petit restaurant tcherkesse de sa famille, au bord de la faillite. Mais une décision impulsive de son père, éternel opportuniste, vient bouleverser sa trajectoire — façonnant peu à peu un récit de fierté, d’héritage et de masculinité.

  • Ton animal maternel,

    Infos et réservation : Ton animal maternel, mercredi 4 novembre à 19h30

    Mercredi 4 novembre à 19h30

    de Valentina Maurel · Belgique, France, Mexique · 1h45

    De retour au Costa Rica après des études en Europe, Elsa retrouve sa petite sœur Amalia, seule dans la maison familiale. De plus en plus insaisissable, celle-ci semble enfermée dans des croyances ésotériques. Elsa essaie d’alerter leurs parents, mais ni le père, trop occupé par ses nouvelles conquêtes, ni la mère, absorbée par la réédition des poèmes érotiques de sa jeunesse, ne semblent prendre la mesure de la situation. Le retour d’Elsa engage les trois femmes à interroger leur lien indéfectible.

  • Bande-annonce : Le dernier pour la route

    Le dernier pour la route,

    Infos et réservation : Le dernier pour la route, samedi 7 novembre à 20h00, séance unique, rencontre : Rencontre avec la Società Dante Alighieri

    Samedi 7 novembre à 20h00

    • Séance unique
    • Rencontre

    de Francesco Sossai · Italie, Allemagne · 1h40

    Carlobianchi et Doriano, deux quinquagénaires fauchés, sont obsédés par une chose : aller boire un dernier verre. Un soir, par hasard, alors qu'ils roulent sans but de bar en bar, ils tombent sur Giulio, un timide étudiant en architecture. La rencontre avec ces deux mentors improbables va profondément transformer la façon dont Giulio voit le monde et l'amour, et dont il imagine l'avenir.

    Rencontre avec la Società Dante Alighieri — En présence de la Società Dante Alighieri, dans le cadre des Soirées des cinémas européens 2026.

  • Bande-annonce : Home stories

    Home stories,

    Infos et réservation : Home stories, dimanche 8 novembre à 17h00, dernière séance, rencontre : Rencontre avec le Goethe-Institut

    Dimanche 8 novembre à 17h00

    • Dernière séance
    • Rencontre

    d’Eva Trobisch · Allemagne · 1h56

    Léa a 16 ans, un petit frère, une grande amie, des parents récemment divorcés, et une tante qu'elle admire. Au cœur des forêts majestueuses de l'ex-Allemagne de l'Est, ses grands-parents gèrent un hôtel au passé glorieux aujourd'hui menacé par la faillite. Dans cette famille, chacun cherche sa place et son horizon. Léa, elle, a un talent pour le chant, et se prépare à participer à une émission de téléréalité.

    Rencontre avec le Goethe-Institut — En présence du Goethe-Institut, dans le cadre des Soirées des cinémas européens 2026.

  • Bande-annonce : The Lighthouse

    The Lighthouse,

    Infos et réservation : The Lighthouse, mardi 10 novembre à 20h00, séance unique, rencontre : Rencontre avec les étudiants

    Mardi 10 novembre à 20h00

    • Séance unique
    • Rencontre

    de Robert Eggers · États-Unis, Canada · 1h49

    L'histoire hypnotique et hallucinatoire de deux gardiens de phare sur une île mystérieuse et reculée de Nouvelle-Angleterre dans les années 1890...

    Rencontre avec les étudiants — Ciné club Capitole, Séance organisée par les étudiants d'Infocom

  • Low expectations,

    Infos et réservation : Low expectations, vendredi 13 novembre à 18h40

    Vendredi 13 novembre à 18h40

    d’Eivind Landsvik · Norvège, Danemark · 1h45

    Alors qu’elle est au sommet de sa carrière musicale, Maja vacille et voit ses ambitions s’interrompre brutalement. Elle se réfugie chez sa mère, enseignante à Oslo, qui lui décroche un poste de surveillante dans son lycée. Loin de la scène, Maja commence lentement à retrouver goût à la vie.