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Événement

Vivianne Perelmuter & Isabelle Ingold

Présentation

Le Cratère, Toulouse — du 26 novembre au 8 décembre 2026
En présence des cinéastes, dans le cadre d’À propos d’elle(s), rencontres de cinéma au féminin

À l’occasion de la sortie de leur dernier film, Les Recommencements, Le Cratère est heureux d’accueillir deux cinéastes qui lui sont chères.

Les cinéastes

Vivianne Perelmuter — Née à Rio de Janeiro, arrivée en Europe à l’âge de huit ans, elle étudie la philosophie et les sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles avant d’entrer à La Fémis. Cinéaste entre Bruxelles et Paris, elle circule librement entre documentaire, fiction, essai et installation. Le fonctionnement de la mémoire et le dépaysement du regard guident sa recherche de nouvelles formes narratives. Ses films, primés à plusieurs reprises, ont été montrés dans de nombreux festivals internationaux ; elle enseigne également le cinéma, notamment à l’Université de Corte.

Isabelle Ingold — Née en 1967 à Boulogne-Billancourt, diplômée de La Fémis en montage, elle mène de front deux vies de cinéma. Chef monteuse, elle collabore avec des réalisateurs aussi différents qu’Amos Gitai, Vincent Dieutre ou Vivianne Perelmuter, sur des films sélectionnés à Cannes, Venise, Berlin ou Sundance. Réalisatrice, elle met en lumière des destins ordinaires et souvent invisibilisés ; Des jours et des nuits sur l’aire lui a valu le Prix René Vautier. Elle enseigne à La Fémis et à l’Université de Corte.

Une œuvre en mouvement

Depuis trente ans, Vivianne Perelmuter et Isabelle Ingold élaborent une œuvre attentive à la fragilité des existences et à la manière dont le cinéma peut en restituer les traces et les témoignages. Leurs « personnages » vivent souvent sans ancrage durable dans diverses marges : Shahin, jeune Iranien parti seul de son pays jusqu’en Angleterre (Ailleurs, partout, 2020), Al Moon, vétéran du Vietnam vivant seul sur la terre de sa tribu en Californie du Nord (Les Recommencements, 2025), ou encore les routiers et les migrants embarqués clandestinement qui se croisent sur une aire d’autoroute de Picardie (Des jours et des nuits sur l’aire, Isabelle Ingold, 2016).

On rencontre ces personnages dans le mouvement d’un monde qui agit sur eux, et c’est par la parole et le récit que l’on produit une résistance.

Ces films s’opposent à la précarité du monde : ils attestent, nomment, cadrent, écoutent, comme pour bâtir un socle sur lequel leurs « personnages » pourront se construire ou se reconstruire. Cette recherche repose sur un lien fort avec celles et ceux qui sont filmés : les cinéastes sont présentes dans l’intensité des images qu’elles produisent. Même si on ne les voit pas à l’écran, on les sent présentes et attentives, dans leur manière même de filmer.

Parmi leurs films, nous proposons une sélection de six titres qui traversent trente ans de cette trajectoire. Avec Nord pour mémoire, avant de le perdre (1996), Vivianne Perelmuter et Isabelle Ingold signent leur premier film commun : un siècle de mémoire minière du Nord-Pas-de-Calais, recomposé par les seules images d’archives et raconté par cinq voix intimes. Déjà s’y affirme leur conviction partagée : faire entendre la grande histoire à hauteur de vies ordinaires.

Avec Une place sur terre (2001), elles reviennent dans le Nord-Pas-de-Calais pour composer un kaléidoscope de portraits. Des hommes et des femmes de tous âges et de toutes origines, handicapés ou valides, y disent chacun à sa manière comment ils s’arrangent avec la vie. Touche après touche, le film tisse des liens inattendus entre des êtres qui s’ignorent, et parfois se craignent.

Avec Le Vertige des possibles (2014), Vivianne Perelmuter passe seule à la fiction et suit Anne, écrivaine paralysée par l’infini des choix, entraînée dans une errance nocturne à travers la ville — un film sur le moment suspendu où tout peut encore advenir. Dans Des jours et des nuits sur l’aire (2016), Isabelle Ingold pose sa caméra sur l’aire d’autoroute d’Assevillers, la plus fréquentée d’Europe, et fait de ce non-lieu un poste d’observation de l’Europe contemporaine, entre violence économique et solitudes en transit.

Dans Ailleurs, partout (2020), elles suivent ensemble Shahin, vingt ans, parti seul d’Iran sur les routes de l’exil : le récit avance par fragments — SMS, appels, interrogatoire de l’office d’immigration — tandis que l’image, empruntée aux caméras de surveillance du monde entier, retourne le dispositif de contrôle en geste poétique et politique. Avec Les Recommencements (2025), né d’une rencontre de hasard dans une laverie californienne, elles accompagnent Al Moon, vétéran amérindien du Vietnam, qui reprend la route pour retrouver les hommes de son bataillon et affronter ce qui le hante, à travers une Amérique divisée.

De la mine au désert californien, d’une décennie à l’autre, ces films tissent un même fil : celui d’une mémoire qui résiste à l’effacement. En recueillant des voix souvent tenues à l’écart, Vivianne Perelmuter et Isabelle Ingold rappellent que filmer, c’est aussi offrir un lieu où se reconstruire.

Les films