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Programme 15, du 8 octobre au 18 novembre 1997

Éditorial

Quelques jours donc avant l'ouverture du procès de Maurice Papon, l'Église catholique, section française, «implore le pardon de Dieu» et demande au peuple juif «d'entendre cette parole de repentance» pour le silence coupable (à quelques exceptions individuelles près) qui fut le sien pendant les années où ce peuple (et d'autres) subissaient les camps, la torture, l'extermination froide. Il est impossible de ne pas noter la hiérarchisation de ce repentir en même temps que son moment. Non plus que l'emploi choisi de «repentance». Ce mot, que le petit Larousse qualifie de «vieux», apparaît au XIIème siècle, selon Littré qui en fournit quelques occurrences jusqu'aux XVIIème et XVIIIème. Par exemple : «Ils continuent leurs fautes, à cause qu'ils ne pensent pas qu'on se contentât de leur repentance» (Guez de Balzac : «Le Prince») ou «(Charles-Quint) quitta toutes ses bombances et pompes pour éprouver une repentance tranquille, saincte et religieuse» (Brantôme). Sans aller ici au delà de cette mise en perspective philologique, il faut noter en outre l'importante accélération de la capacité de repentance ecclésiastique (acceptons l'actualisation lexicale). On se souvient qu'il avait fallu quelques siècles, c'était au début des années 90, pour qu'un repentir institutionnel s'exprimât par la voix du pape à l'encontre des torts faits à Galilée . On sait par ailleurs que la voix du pape fera, peut-être, écho, à celle des évêques de ce 30 septembre 1997... avant l'an 2000.

Une telle accélération semble permettre hypothétiquement de prévoir pour le courant de la première décennie du prochain siècle un retour repentant sur l'interdiction de l'emploi du préservatif et la condamnation de l'avortement qui, même si la dimension et la nature de leurs conséquences n'ont pas de commune mesure avec le crime de masse programmé, ne vont pas sans vies blessées ou même perdues...

On aura vu se confirmer ici une tendance forte de ce que sont nos éditos qui, plutôt qu'une présentation (convenue ou non) de quelques temps forts du programme ont plus à voir, puisant dans la réalité et les images du présent, avec l'interpellation. Avec pour justification sémantique d'une telle pratique de l'édito, le recours sauvage (et certes facile) à «l'étymologie» : «Eh, dites, oh !»

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