Accéder au contenu principal

Événement

Œuvres cinématographiques complètes de Guy Debord (2005), Du mercredi 23 novembre au dimanche 4 décembre 2005

Présentation

Des séances données du 23 novembre au 4 décembre 2005, au cinéma Le Cratère.

« nous ne sommes pas sur cette planète pour quelque chose. Le tout est de passer le temps ce n’est déjà pas très facile. Tous les moyens employés (poésie, action, amours) laissent un drôle de goût dans la bouche. C’est pourtant ce que nous avons de mieux. Il faut donc s’opposer à tout ce qui limite leur utilisation. C’est pourquoi l’action et l’écriture n’ont de valeur que libératrices. C’est pour cela que j’ai dit que le poète doit être un incendiaire et je le maintiens » (début 1951).

Dans cette lettre à un ami de ce jeune homme de vingt ans se lisent déjà les grands axes de la trajectoire d’une vie ; et l’on peut entendre dans cette évocation du feu de la quête poétique un étonnant antécédent à son dernier film : In girum imus nocte et consumimur igni. S’inscrit ainsi de son début à sa fin la permanence qu’évoque, dans une parfaite adéquation au propos, le palindrome du titre. Si donc les retours à sa jeunesse y sont particulièrement présents ce n’est pas tant accents de nostalgie, qui habillent si communément les propos de l’âge mûr, c’est bien plutôt qu’il est resté le même ; et, puisqu’on ne saurait être mieux que son temps, ce temps fut et restera le sien : il l’aura décrit et combattu, il lui aura même donné un nom qui lui restera : La société du spectacle.

En 1956, avec Gil Wolman, Guy Debord signe un texte capital : Mode d’emploi du détournement qui indique les véritables possibilités de sortir de l’impasse artistique que Hurlements en faveur de Sade avait scandaleusement signifiée en 1952 (tel Malevitch en peinture). Loin des collages ou bricolages fashion, le détournement, quelle que soit l’origine de l’élément préfabriqué, suppose le projet d’une énonciation ou d’une perspective plus juste, ou poétiquement ou sensiblement plus influentielle ; tant, et selon le moment, du point de vue de l’expression de la vie réelle que de celui de la critique. Tous ses films seront donc ainsi faits… de plans tournés et de plans détournés. Les extraits y sont si parfaitement intégrés à l’oeuvre nouvelle qu’ils lui appartiennent, pourrait-on dire, désormais en propre au point qu’après coup on ne peut revoir Johnny Guitar, Shangaï Gesture, Potemkine, Les visiteurs du soir , Les enfants du paradis… sans les inscrire dans la perspective debordienne de la négation et du dépassement du monde tel qu’il est ; et de même, après coup, le discours publicitaire ainsi détourné se trouve investi d’une puissance de feu critique bien involontaire. Quant au style, souvent lyrique, la tonalité majeure en sera constamment celle de la grandeur, du sublime.

Guy Debord aura redonné dans le cinéma de l’essai toutes ses lettres de noblesse à la voix off. Elle est tellement celle de sa pensée même que ce cinéma dit aussi qu’il ne s’agit pas de laisser parler le réel en ses contradictions, ou de laisser croire qu’un prélèvement tout à fait subtil des images et des sons articulés en un montage particulier pourraient, par eux-mêmes, produire une critique capable d’aller au-delà d’un certain sens commun. Ce retour de la parole est aussi celui du sujet : voici ce que je suis, vois ce que j’ai fait, ce sont les hommes qui font l’histoire. Cette voix est si singulière, habitée par cette distance si mélancolique, et cette énonciation si régulière, comme l’écoulement d’un fleuve au milieu de son cours, que, l’entendant, on entendrait aussi que le temps passe en effet et nous passons avec lui.

Il y aura eu, au cinéma comme ailleurs, un avant et un après Guy DEBORD.

« Oeuvres cinématographiques complètes » du 23 novembre au 4 décembre en exclusivité et en partenariat avec l'Ecole Supérieure d'AudioVisuel

Cratère infos n°84

Les séances (passées)

Les films